« Ca va ! Ca va ! Ca va !

Je me rapprochais de la voix. Au loin, dans la blancheur de glace, je vis cet être avec de très longs bras qu’il balançait en signe de bonjour, de sympathie, et de confiance. Il était Providence ! Sous son apparence d’ours humanoïde, de grand singe ou de Yéti, au fur et à mesure que je me rapprochais, il allait me guider pour redescendre dans la vallée.

« Ca va ? Yéti ? »

 

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Territoire mouvant.

Des perles d’eau de mer s’égouttaient du long de la racine remontante, et l’escargot remontait ce chemin de petits cratères salés. De temps en temps, le ressac venait le recouvrir, avant de se retirer aussitôt, applatissant les reliefs dans le sable. Mais le chemin restait le même. Celui du mouvement.

 

L’enchevètrement de racines tremblotait et on aurait cru l’entendre respirer, comme l’inspiration-expiration d’un partenaire de lit ensommeillé. Aux endroits où les racines plongeaient dans le sable, on voyait les bourrelets de doigts qui compressent la peau des fesses en s’y aggrippant, témoignant de l’effort du mouvement.

Au loin, le cliquetis des pinces des crabes, qui grouillaient à préparer le terrain : de leur petite pince droite, ils aéraient le sable, l’ameublissaient ; de leur molosse bras gauche, ils frappaient le sol comme un tambour de guerre, éloignant les oiseaux. Battant le temps du mouvement.

 

Un héron vert vint à gober l’escargot.

Mais c’était un piège, deux crabes camouflés dans le sable émergèrent pour se saisir de sa patte, puis de l’autre, le clouant au sol. Il était effrayé. Une colonne de petits escargots fit surface à son tour, et commença son lent cheminement vers l’oiseau, décidée à lui faire goûter de la saveur du mollusque en mouvement…

 

François Lenoir, extrait du projet Dans la Nuit des Temps